Seconde étape
Fréquemment, et bien plus souvent encore pendant ces vacances (je vous dirai le pourquoi dans la suite de ce carnet de voyage), l'envie me prend de voir ce qu'il y a derrière un arbre, un rocher, après le prochain virage. Le désir de découvrir l'inconnu, une réminiscence de la Conquête de l'Ouest pourrait-on croire.
La chance appartient également aux audacieux. Ou plutôt à ceux qui se lèvent tôt. Pour deux raisons principales : la première est que cela donne du temps pour ces découvertes (et ceci sans pour autant que je sacrifie l'esprit de famille : ma fille et ma femme dormant probablement encore, nous ne passons pas nos vacances chacun de notre coin ;-)), la seconde tient surtout au fait que l'on se sent seul, ce lever de soleil n'appartient qu'à nous, je suis seul à contempler la naissance de l'Astre salvateur, à admirer des paysages dont la beauté qui dépassent nos capacités de description.
Les méandres de la route peuvent m'amener à bien des endroits mais je cherche irrésistiblement la route qui me guidera vers l'endroit idéal, vers la Lumière.
Cette fois-ci, certaines traces de civilisation (autrement dit, des panneaux indicateurs...) me font rejoindre le village de Gréolières les Neiges. Celui-ci m'apparaît encaissé au fond d'une petite vallée mais ne crée pas l'envie de m'y rendre. Il me faudra bientôt prendre le chemin du retour et j'estime ne pas réussir de cliché intéressant. Ce n'est que partie remise, j'en suis sûr.
Pour vous raconter un peu comment mes sorties se déroulent, vous devez savoir que si je parcoure un certain nombre de kilomètres en voiture, les pauses sont très fréquentes. Je route deux kilomètres, me gare sur le bas-côté, descend de voiture, prélève l'appareil dans le coffre de la voiture et rode un peu dans les environs. Une seule photo (il m'arrive de prendre des photos juste pour le côté "souvenir"), plusieurs, ou je reste sur place plusieurs dizaines de minutes ou heure(s). Et ainsi de suite. Nouvelle itération : je range précieusement le matos dans le coffre, monte dans la voiture, roule deux kilomètres, etc, etc.
Gréolières les Neiges était une de ces étapes.
Wahouu !
Quelques centaines de mètres avant de faire demi-tour à Gréolières, un superbe écureuil roux ayant entendu le son mélodieux d'un diesel en approche est pris à rebrousse... poil et rebrousse... chemin (en clair, il fait demi-tour alors qu'il traversait la route). J'ai le temps de le voir, le panache de sa queue en l'air, dans cette course légère et agile qui caractérise les individus de son espèce.
L'ayant dépassé puis fait demi-tour à mon tour, voilà donc une occasion de le voir à nouveau. Je m'approche donc lentement (je suis toujours en voiture, hein ?), le diesel au ralenti cette fois-ci, au cas où il serait sur le bord de la chaussée attendant que je passe avant de traverser.
Mais, comme dirait l'autre :
- "Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu.
- Mais bien sûr..."
Fi d'écureuil, le p'tit rouquin s'en est allé casser quelques noisettes en attendant que le secteur soit plus calme. Frustré, j'appuie sur le champignon pour l'intoxiquer de mes fumées (ça lui apprendra) et m'en vais, rageur, trouver un sujet de confiance (nan, j'déconne, vous m'avez pas pris au sérieux j'espère ?)
Je regarde à gauche, à droite, devant, dans le rétro (toujours regarder derrière soi : à aller systématiquement de l'avant on s'éloigne (mwhaha, sans blague !) et le point de vue peut finalement s'être "matérialisé" dans notre dos), devant. Rien. Je poursuis la route. Coup de frein ! Là, sur la droite, une trouée que j'ai dépassé !
Ni une ni deux, je freine, si ce n'est brutalement, rapidement (appelez-moi Colt Seavers !). Même pas un regard dans le rétro avant de piler (même pas peur !), je venais de le faire quelques secondes avant, d'où le fait que j'ai loupé la trouée.
Marche arrière, je braque les roues, marche avant, je me gare. Je sors de voiture, m'avance d'un pas tranquille vers le bord de la trouée, et là : "Wahouu !" (si mes souvenirs sont bons, le mot était plus imagé, mais bon, restons descent...). La pâmoison me saisit (ça vous épate tant de vocabulaire, n'est-il pas ?). Je reste sur place, immobile, me gavant les rétines du spectacle majestueux qui s'offre à moi. La surprise est d'autant plus grande que je m'imaginais pas un seule instant que la route que j'arpentai surplombait ce paysage. Je dois à la chance, et à une attention accrue, d'avoir remarqué une légère dépression sur la route et d'avoir choisi de m'arrêter.
La vue est à 180% tandis que l'angle de champ du SIGMA 10-20 mm F3,5 DC EX HSM (allez-y, expirez, lentement) n'est que de 102%. Plus que jamais, il me sera difficile de rendre compte de l'impression de gigantisme et d'espace que je ressens. D'autant plus que j'ai décidé de ne pas m'encombrer de ma tête panoramique cette quinzaine pour privilégier le retour à la simplicité et la spontanéité. J'y reviendrai bien sûr, mais j'aime varier les plaisirs.
Repu, ou presque, devant le spectacle, je retourne à la voiture chercher le matériel. Je m'applique : évite les parasites sur le bord du cadre (merci le viseur 100% ! (Vous aurez remarqué l'indice concernant le plan B !)), évite les zones d'ombre pour obtenir une différence dans zones claires et foncées qui ne soit pas trop violente, soigne l'horizontalité de l'horizon (photo penchée, photo à recadrer !) et appuie avec respect et douceur sur le déclencheur.
Ouf ! Au moins une dans la boite (de nos jours, on devrait plutôt dire "sur la carte" : certaines expressions ont la vie dure). L'émotion passée, je me sens libéré et renouvelle l'expérience en variant cadrage, orientation et exposition.
Je me dis que le paysage doit être plus spectaculaire une heure ou deux plus tôt, au lever du soleil (mais là, pour le coup, c'est rapé pour aujourd'hui, je ne peux pas être à deux endroits à la fois - je n'ai pas le don d'ubiquité (ne faites pas attention, c'est juste pour vous épater une nouvelle fois avec des mots savants). Comment s'en assurer ? Devant vos yeux ébahis (si, si), je m'en vais vous confier le-truc-de-la-mort-qui-tue. Comment savoir où le soleil se lève ? A l'Est me direz-vous. Certes. Mais ce n'est pas pour autant que je sais le trouver à coup sûr.
Des propositions ?
J'ai une cervelle de pigeon qui me permet de trouver le Nord à chaque fois ? Non (Holà, ça suffit les remarques désobligeantes !). En même temps, ça pourrait être pratique dans certaines occasions : j'habite Lille, dans le Nooorrrd
J'ai une girouette greffée sur le haut du crâne ? Perdu.
Alors ? Pas d'idée pour cette question à 0.02€ ?
Tut tutt, je n'ai aucune implantation bionique d'aucune sorte qui ferait que je serai attiré (physiquement !) par le Nord Magnétique. Gniiiiiiinn, pas bon.
Z'auriez pas penser à une boussole ? Bien oui, évidemment... Mais là, vous vous dites : il est complément azimuté (Mwarf : humouur !), il se promène avec une boussole à longueur de journée. Et moi de faire référence à un Normand que je connais bien : "Oui, mais non".
Allez, j'arrête ce suspens digne des meilleurs épisodes de Derrick (oui, je sais, après "L'Homme qui tombe à pic", je ne relève pas le niveau. Que voulez-vous, chacun ses références) : en réalité, il y a 2-3 ans de cela, je me suis acheté une montre. J'ai pris soin à ce moment-là de choisir un modèle qui incorporait une boussole. CQFD. Simple, non ? Donc, je ne me promène pas à proprement dire avec une boussole à longueur de journée, mais je peux, d'un simple revers de poignet que j'exécute avec classe et brio, savoir de quel côté le soleil se lèvera demain. En fonction du panorama et du potentiel supposé, il peut alors me prendre l'envie de revenir spécialement pour une séance photo.
Autre astuce (Huggy les bons tuyaux, c'est moi !), si le panorama est intéressant et sera éclairé par la lumière rasante venue de l'Ouest, c'est qu'il faut préférer la séance en soirée
Peut-être qu'une illustration sera plus parlante :
Cliquez sur la vignette pour la version grand format.
Accédez à la version moyen format.
Retour au bercail
Ca y est, il est l'heure de rentrer. Je ne sais si je pourrais trouver d'autres "spots" intéressants aujourd'hui mais le soleil est de toute façon trop haut, la lumière déjà trop dure.
Une petite heure de route, et je pourrai prendre l'apéritif, confortablement assis. Il sera toujours tant de se faire une idée des clichés sur le portable, même si je n'aurai confiance dans la qualité des photos qu'une fois les vacances terminées, de retour à la maison (le rendu des couleurs et du traitement n'est en effet pas fidèle sur l'écran du portable). Je reste donc prudent, pour éviter les désillusions.
Flashback
Pour faire écho au(x) remarque(s) du précédent billet, et puisque j'ai un peu de matière, je renouvelle ma proposition escargolesque avec une nouvelle prise. Pas de plus gros plan pour l'instant car j'ai vraiment un faible, moi-aussi, pour les teintes et l'ambiance générale des deux photos désormais présentées. Pas tout à fait photo en couleurs, pas tout à fait photo en N&B, nous sommes à la croisée des chemins.
Merci à vous, rosée du matin et lumière rasante du début du jour.
On pourrait regretter la netteté perfectible mais, à la réflexion, c'est mieux ainsi. Cela confère à mon sens un douceur plus grande, une certaine poésie. J'aime l'idée de ce qui pourrait être un long, long voyage entrepris par ce minuscule être vers la Lumière, irrésistible...
Cliquez sur la vignette pour la version grand format.
Accédez à la version moyen format.
Demain ?
Je me suis levé tôt aujourd'hui. Est-ce que je me lève tôt également demain. Si oui, pour aller où ?
La suite au prochain épisode...